On hérite de soi
Deux tiers de nos actes quotidiens sont automatiques : ce que cela révèle sur nos choix passés
Deux tiers de ce que nous faisons chaque jour échappe à toute décision consciente. C’est ce que montre une étude publiée en 2025 dans Psychology & Health : une équipe dirigée par Amanda Rebar a suivi 105 personnes pendant une semaine, en les interrogeant six fois par jour sur ce qu’elles faisaient, et si elles avaient choisi de le faire. Dans deux cas sur trois, le comportement avait simplement démarré, déclenché par un contexte familier, sans que la volonté ait été consultée.
Cependant, près de la moitié de ces comportements automatiques étaient aussi intentionnels. Ils avaient commencé comme des décisions conscientes, puis, à force de répétition dans un même contexte, ils s’étaient déposés comme habitude, hors d’atteinte de la délibération.
Ce que les neurosciences confirment : la répétition transfère progressivement le contrôle du cortex préfrontal, siège du raisonnement, vers les ganglions de la base, structures plus profondes, qui n’ont plus besoin d’instruction pour agir.
L’habitude est la mémoire d’un choix fait auparavant
Ce qui se révèle alors, c’est une forme de continuité de soi. L’habitude n’est pas une absence de choix, c’est un choix qui n’a plus besoin d’être refait. Un moi antérieur, qui a décidé de se lever tôt, de lire le matin, de prendre un certain chemin, continue d’agir dans le corps du moi présent. On ne choisit pas à chaque instant, on hérite de nos choix passés.
Ce déplacement permet de revisiter une question fondamentale. Ce n’est pas : suis-je libre dans ce que je fais ? C’est : qui étais-je quand j’ai décidé de devenir ainsi ?
Source : Rebar et al., « How Habitual is Everyday Life? », Psychology & Health, 2025. Lien vers l’étude







